burn out du dirigeant
Publié le 20.04.2021

« Quand on est en burn-out, s’arrêter est essentiel, même quand on est dirigeant ! »

Le burn-out reste un sujet tabou chez les dirigeants. Entre culpabilisation et peur du regard des autres, peu osent encore aujourd’hui parler de leur épuisement professionnel. Or, un an après le début de la crise, ils sont de plus en plus nombreux à se sentir épuisés, usés par les mesures sanitaires, les difficultés économiques et les nombreuses incertitudes.

Comment agir en prévention ? Comment s’en remettre ? Qu’est-ce que l’épreuve du burn-out change dans la vie d’un chef d’entreprise ? Découvrez le témoignage de  Julien Garnier, Directeur Général Délégué de CARDONNEL Ingénierie, qui a lui-même vécu un burn-out en 2016.

Pouvez-vous nous raconter comment vous en êtes arrivé à faire un burn-out ?

C’est une conjonction de plusieurs facteurs : une très forte charge de travail, un manque de soutien de la part de ma hiérarchie et une situation personnelle compliquée. J’étais alors chef de projets tout corps d’état, un métier avec beaucoup de déplacements. Je manageais une équipe d’une dizaine de personnes, mais j’avais aussi sous ma responsabilité une quarantaine d’entreprises qui intervenaient sur les chantiers, soit deux cents personnes à coordonner. J’étais très engagé dans mon travail, mais peu présent à la maison pour mes deux enfants et ma femme. Je devais faire face à beaucoup de litiges sur les chantiers et me débrouiller seul pour les résoudre. J’avais l’impression de ne jamais sortir la tête de l’eau.

Quel a été le déclic ?

Une visite chez mon médecin traitant, à l’origine pour l’un de mes enfants. Il me connaît bien et m’a alerté sur mon état de fatigue. Quand il m’a dit qu’il voulait me prescrire un arrêt de travail de 15 jours, j’ai fondu en larmes et j’ai craqué : je lui ai expliqué que j’étais épuisé, que j’en avais vraiment assez, que je n’y arrivais tout simplement plus. Il a posé une condition à mon arrêt de travail : tout couper ! Au départ, je lui ai dit que c’était impossible, puis j’ai décidé de l’écouter. Résultat : j’ai dormi pendant 15 jours ! J’ai aussi consulté un psychiatre qui m’a arrêté six mois. Puis, j’ai quitté mon entreprise en quête de nouveaux horizons.

Pensez-vous qu’il existe un burn-out spécifique des managers ?

Je pense que la pression est double quand on a un poste à responsabilités : on se sent coupable vis-à-vis de son équipe et vis-à-vis de sa direction.

Qu’avez-vous fait pour ne pas retomber dans les mêmes travers ?

J’ai d’abord décidé de trouver un poste près de chez moi. J’ai rendu visite à un de mes anciens fournisseurs situé dans ma ville. Mes compétences les intéressaient, ils m’ont donc formé pour un premier poste. J’ai ensuite postulé à la fonction de Directeur Général Délégué quand l’entreprise a été vendue. Il m’a fallu un mois de réflexion pour prendre la décision, j’en ai beaucoup parlé avec ma nouvelle compagne.

Le travail effectué avec ma psychologue m’a vraiment aidé à comprendre pourquoi j’en étais arrivé au burn-out et à changer certains comportements.

Je me fixe désormais des limites, je ne cherche plus à être tout le temps parfait. J’applique la loi de Pareto, qui montre que 20% de nos efforts produisent 80% de nos résultats, pour me concentrer sur l’essentiel.

J’aime aussi l’idée d’envisager ma vie comme un tabouret à trois pieds : il faut trouver le bon équilibre entre le travail, la vie de famille/les amis et le temps pour soi. Si un de ces trois piliers est moins investi, cela déséquilibre le tout. J’ai ainsi appris à plus attentif à moi-même. Quand on est dirigeant, on a tendance à ne pas s’écouter, à foncer en faisant passer le travail d’abord.

Est-ce que vous avez tout de suite réussi à parler de votre burn-out aux autres ?

Ah non, pas du tout ! Pendant des mois, j’ai eu honte d’être en arrêt pour burn-out, c’était une situation inacceptable pour moi. Être accompagné, notamment par une psychologue, m’a aidé à être plus bienveillant envers moi-même et à comprendre ce qu’il s’était passé pour ne pas reproduire le même schéma par la suite. Cela m’a apporté une prise de recul que je n’avais pas. Nous ne sommes pas des machines, et même les machines tombent en panne !

La crise sanitaire a amplifié pour les dirigeants le risque de stress, de fatigue et de burn-out. L’expérience de votre burn-out vous a-t-elle permis de limiter les risques psychosociaux ?

Assurément ! J’ai fait davantage attention à moi-même cette année, même si rien n’est jamais gagné. Je connais désormais les signes avant-coureurs de l’épuisement.

Depuis le premier confinement, je suis passé en mode marathon pour tenir sur la durée, avant je me serais épuisé en essayant de faire un sprint. Je sens aujourd’hui que je tire tout de même sur la corde.

Je n’ai quasi pas pris de congés en un an, je dors moins. En revanche, grâce au télétravail, je prends chaque jour des temps de ressourcement : un café dans mon jardin, une sieste, etc. Ce sont des coupures salvatrices.

Est-ce que votre regard sur les autres, et notamment sur vos collaborateurs, a aussi changé ?

Depuis mon burn-out, je pense être davantage à l’écoute des autres. Je suis plus attentif, par exemple, à la fatigue de mes collaborateurs en passant du temps avec eux sur le terrain, en dialoguant de manière individuelle et informelle avec eux dans les bureaux. Je n’hésite pas à leur dire de rentrer chez eux et de prendre leur après-midi si je perçois des signes d’épuisement.

Je le répète, le travail, c’est un marathon, pas un sprint, il faut parfois savoir ralentir pour aller plus vite après ! Je fais aussi barrière avec les clients pour que mes équipes n’aient pas une pression trop forte sur les épaules. J’interviens pour dire non ou pour poser des limites.

Avez-vous mis en places des actions spécifiques en matière de prévention santé dans votre entreprise ?

Nous avons mis à disposition de nos salariés une ligne d’écoute psychologique via Malakoff Humanis. Nous essayons aussi de leur faciliter la vie et de prendre en compte les contraintes de chacun. J’ai par exemple une collaboratrice avec des enfants qui ne pouvaient pas travailler et s’occuper d’eux avec la fermeture des écoles. Nous avons aménagé son poste, sous-traité une partie de son travail.

Nous venons enfin de changer de locaux : les collaborateurs ont participé à l’aménagement des lieux afin qu’ils s’y sentent bien.

Ils ont désormais un vrai espace de convivialité ou encore des call box pour ne plus téléphoner en plein open-space ce qui réduit les nuisances sonores et les aident à se concentrer au bureau, etc.

Quels seraient vos conseils pour les dirigeants, notamment de PME, qui sont en burn-out ou proches du burn-out ?

Quand on est en burn-out, s’arrêter et couper est essentiel, il n’est pas possible d’en sortir autrement, même quand on est dirigeant ! On passe, comme lors d’un deuil, par de multiples étapes : le déni, l’abattement, l’acceptation… Ce temps est nécessaire pour retirer notre capte d’invincibilité qui est en réalité une illusion. Il faut ensuite accepter de se faire accompagner et bien s’entourer. Surtout, ne restez pas seul pour face à ces épreuves.

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