Young woman suffering from bipolar disorder, psychological diseases, schizophrenia.
Publié le 27.06.2022

Préservons la santé mentale des moins de 30 ans

Auteur

Psychologue du Travail, enseignant et cofondateur d’Empreinte Humaine un cabinet spécialisé dans la santé sécurité psychologique au travail . Co-auteur du livre « santé psychologique au travail et COVID19 : le pouvoir des bonnes pratiques »

La dernière étude sur l’absentéisme et la santé mentale de Malakoff Humanis vient de paraître. Parmi ses résultats les plus marquants : une hausse sensible des arrêts de travail en 2022, notamment parmi les populations les plus jeunes. En mars, 36% des moins de 30 ans ont déclaré un arrêt de travail en France vs. 18% de l’ensemble des salariés. Crise sanitaire pour le moins déstabilisante, perte de repères, attention toute particulière portée aux conditions de travail… Comment expliquer cet absentéisme à la hausse chez les plus jeunes ? Ce phénomène est-il révélateur d’une dégradation de leur santé mentale ? Comment limiter l’absentéisme et créer un environnement de travail rassurant ? 

Analyse et conseils de Christophe Nguyen, psychologue du travail, conférencier et cofondateur du cabinet de conseil Empreinte Humaine, spécialisé en santé au travail.

Constatez-vous un phénomène d’absentéisme exacerbé chez les jeunes de moins de 30 ans ?

Absolument. Nous l’avions même anticipé. Les jeunes, qu’ils soient étudiants ou actifs, ont été les plus exposés aux problèmes de détresse psychologique pendant la crise sanitaire.

Sa chronicité et sa longueur les ont affectés, dans des proportions parfois préoccupantes. Au cœur de la crise, jusqu’à 60% d’entre eux déclaraient être en détresse psychologique.

« La crise sanitaire a laissé des traces chez beaucoup de jeunes dont la santé mentale est affectée encore aujourd’hui. »

Cette période a laissé des traces chez beaucoup de jeunes dont la santé mentale est affectée encore aujourd’hui, provoquant un absentéisme croissant au sein de cette population. Parmi les troubles les plus fréquents que nous observons : anxiété, perte d’estime de soi et dépression. 

Comment l’expliquez-vous ?

Le télétravail imposé a été particulièrement mal vécu par cette frange de la population.

3 raisons pour l’expliquer :

  • l’exiguïté et l’inconfort de leur lieu d’habitation ;
  • L’isolement social à une période de vie où le collectif est particulièrement important ;
  • l’impossibilité, pour eux, d’apprendre leur métier et d’appréhender, in situ, les codes de l’entreprise.

Cette distanciation contrainte les a privés de repères leur permettant de comprendre leur environnement professionnel, et de s’y adapter. La vie de bureau, (et la socialisation organisationnelle qu’elle procure), est fondamentale pour développer des compétences, s’intégrer dans un collectif et acquérir une identité professionnelle.

Sans ces fondamentaux, beaucoup de jeunes salariés ont eu le sentiment d’être face au vide derrière un écran d’ordinateur, se questionnant quant au bien-fondé de leurs choix professionnels.

Outre la crise sanitaire, comment expliquer cette hausse de l’absentéisme chez les salariés de moins de 30 ans ?

Les jeunes ont de plus en plus de difficultés à trouver du sens dans le travail. Cette période d’incertitude générale les prive de repères économiques, politiques, environnementaux auxquels ils ont besoin de se raccrocher pour avancer et se projeter professionnellement. 

Par ailleurs, contrairement aux générations antérieures, les salariés de moins de 30 ans ont fait de la santé au travail une valeur cardinale, déterminant le choix de leur environnement professionnel. Conditions de travail saines et positives, valeurs de l’entreprise font partie des critères d’attractivité et de rétention auxquels ils sont extrêmement sensibles. Si ces exigences ne sont plus comblées, ils n’ont aucune difficulté à démissionner ou à se mettre en retrait momentanément.

« Les salariés de moins de 30 ans ont fait de la santé au travail
une valeur cardinale, déterminant le choix de leur environnement professionnel. »

C’est ce que nous observons dans les secteurs du conseil ou de la restauration, par exemple, où les conditions de travail (générant des problèmes d’équilibre de vie notamment) sont en inadéquation avec les attentes des populations les plus jeunes en matière de préservation de leur santé mentale notamment. Les plus fragilisés psychologiquement par cette crise qui, par nécessité, devront travailler dans des environnements délétères, s’arrêteront plus.

Comment limiter l’absentéisme des jeunes salariés et préserver leur santé mentale ?

4 mesures de prévention et d’anticipation me semblent indispensables.

1/ Construire des conditions de travail durables. Peut-on continuer à demander à des jeunes de travailler 70 heures par semaine pour un salaire annuel ne permettant pas de se loger correctement et de rembourser un crédit étudiant ? Ces conditions sont-elles encore acceptées et acceptables aujourd’hui ? Je ne le crois pas. Les entreprises doivent l’entendre et le prendre en compte.

2/ Soigner l’onboarding des jeunes recrues. Cette étape cruciale doit mettre en avant la politique de QVT pratiquée dans l’entreprise. Objectif : rassurer les jeunes recrues quant aux ressources activables en interne pour préserver la santé mentale et la sécurité psychologique des collaborateurs.

3/ Développer un réseau de  « capteurs », ces salariés dont la double casquette leur permet de détecter, d’aiguiller et d’accompagner les salariés en détresse psychologique. 

4/ Faire de la pédagogie et engager le dialogue auprès des jeunes populations, quant à la santé psychologique et au bien-être au travail. Plusieurs thématiques telles que la reconnaissance en entreprise, la charge de travail, les pratiques de management peuvent et doivent être abordées. L’enjeu est de développer une culture commune auprès des plus jeunes qui ont besoin, plus que jamais, d’être accompagnés sur ces sujets, cruciaux pour la performance sociale et l’avenir de l’entreprise. Nous devons  dépasser les idées reçues sur ce qu’est la santé mentale au travail.

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