Nathanaël Mathieu, Président et co-fondateur de Neo-nomade
Publié le 05.02.2021

« Les bureaux de demain seront alternatifs ! » Nathanaël Mathieu, co-fondateur de Neo-nomade

Les espaces de travail ont été complètement déstructurés par la crise sanitaire et de la généralisation du télétravail. Le marché immobilier de bureau a, quant à lui, dégringolé, et les projets de restructuration en cours s’orientent vers une rationalisation du mètre carré.

Quel avenir pour les bureaux classiques ? À quoi ressemblera notre environnement de travail demain ? Quelles sont les tendances actuelles ? Décryptage de Nathanaël Mathieu, Président et co-fondateur de Neo-nomade, première plateforme du coworking et de l’immobilier flexible.

Va-t-on, selon vous, vers la fin de l’open-space traditionnel et la généralisation de l’espace individuel de travail ?

L’open-space, très ouvert et sans solution de repli, a été essentiellement pratiqué dans des logiques d’optimisation des coûts. Il reste l’aménagement de bureaux le moins apprécié des collaborateurs, selon Leesman Index, notamment pour son manque de confidentialité et les difficultés d’y exercer des tâches collaboratives.

Quant au bureau individuel, il n’offre pas une totale satisfaction non plus. Il se prête mal à la collaboration et à la socialisation, qui sont devenues deux enjeux clés du retour des collaborateurs au bureau. Enfin, même si le télétravail est une bonne alternative au bureau solo pour s’isoler au calme, il n’est pas pleinement satisfaisant.

Pour donner envie aux collaborateurs de revenir dans les locaux, il faudra donc construire une troisième voie post-crise, plus inspirante et engageante.

Et quelle serait cette troisième voie ?

L’ensemble des tendances que nous observons me fait dire que la part de postes de travail classiques, qu’ils soient en open-space ou bureau fermé, va diminuer au profit d’espaces que je qualifierai d’alternatifs. J’entends par là, qu’ils regrouperont des salles de réunions, des espaces de travail de collaboration et de créativité divers et variés, mais aussi des espaces ouverts, des zones de silence, des bulles de confidentialité.

En résumé : un aménagement de bureaux plus diversifié et adapté aux différents usages d’une journée de travail. On parle alors d’environnement dynamique ou activity based office.

Cette évolution nécessite que chaque collaborateur accepte une forme de nomadisme, dans l’ensemble des locaux, mais aussi de battre en brèche les réminiscences de signes de pouvoir ou de statuts, parfois tenaces chez certains dirigeants et managers.

Si vous deviez esquisser le bureau de demain, comment le décririez-vous ?

Tout d’abord par la notion de « diversité », dans le sens où, il existe autant de bureaux que d’entreprises. Le bureau de demain sera de plus en plus à l’image de l’organisation et de sa culture. Cela pousse pour une grande diversité dans les espaces de travail proposés. 

Ensuite, une autre notion s’impose clairement, celle de « frugalité immobilière ».

On s’oriente vers des bureaux dont la taille va se réduire avec un usage plus important du télétravail à domicile et dans des espaces de coworking.

A partir du moment où l’on est 2 à 3 jours par semaine en télétravail, comme cela semblerait s’esquisser post-crise dans l’hexagone, il est illogique de maintenir des bureaux dédiés.

Cela représente une baisse des besoins en surface de 20 à 30 % et une opportunité de repenser les locaux. 

Quelles sont les demandes les plus récurrentes des entreprises en termes d’aménagement de bureaux ces derniers mois ?

Chez Neo-nomade, nous recevons beaucoup de demandes d’entreprises qui souhaitent s’engager dans des solutions de bureaux plus petits, plus flexibles et moins éloignés des zones d’habitation.

Aujourd’hui, le coworking est une bonne alternative. L’idée de Hub collaboratif a aussi émergé et fait son chemin chez de nombreux décideurs. La question qu’ils doivent désormais se poser : quelles sont les motivations profondes d’un collaborateur pour retourner dans les locaux ?

Et la réponse est claire : il s’agit de la socialisation, à hauteur de 90 % des collaborateurs, et de la collaboration, pour 75 % d’entre eux. Les bureaux de demain devront être en capacité de tenir leurs rôles sociaux et collaboratifs.

Concrètement, qu’est-ce que cela implique ?

Cela passe par des aménagements, de nouveaux services et une logique d’animation de communauté. Pour exemple, Sodexo a récemment fait le pari réussi du social hub. Concrètement, ils ont restructuré un étage entier, avec un work café, des box de confidentialité, des salles de créativité et surtout un animateur. Cette figure liante a été majeure dans la réussite de ce projet.

Constatez-vous enfin un besoin accru de flexibilité ?

Oui, tout à fait. Elle se traduit à la fois dans les aménagements de bureaux, mais plus structurellement dans l’engagement. Une année passée avec des bureaux vides a créé un déclic dans la tête de nombreux dirigeants. Ils se détournent des baux longs et contraignants.

L’achat de m2 sous forme de contrat de services, pour des durées plus courtes, d’un ou deux ans est en vogue. Chez nous, les demandes ont triplé en 2020 pour ce genre de recherche, flexible et clés en main. 

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