L’accompagnement entre pairs : un atout pour le rebond des dirigeants
Publié le 23.04.2021

L’accompagnement entre pairs : un atout pour le rebond des dirigeants

Pour aider les dirigeants de TPE et PME en difficultés, des structures existent mais rares sont celles composées de personnes ayant vécu les mêmes problématiques, voire la même détresse psychologique. C’est le cas de 60 000 Rebonds et des GPA : des collectifs de dirigeants venant à la rescousse d’autres dirigeants. Quels sont les avantages de l’accompagnement entre pairs ? En quoi favorise-t-il le rebond ?

Invincibles, infatigables, déterminés… La combativité colle à la peau des dirigeants et dirigeantes des petites et moyennes entreprises. Pourtant après un an de crise sanitaire, les signes de fatigue, de stress sont bien là comme le montrent les résultats de l’étude de Malakoff Humanis sur la santé des dirigeants. Mais face à ces risques, les dirigeants ont tendance à mettre leur santé de coté et à s’isoler.

Pour Patrice Duceau, président régional de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) du Loir-et-Cher et fondateur du GPA 41 (groupement de prévention agréé) : “ces solitaires par nature ont tendance à se renfermer sur eux-mêmes”. En plus de ce biais, beaucoup d’incertitudes s’ajoutent actuellement compte-tenu de la situation économique.

Pouvant intervenir dès les premiers signaux d’alerte, la CPME met en relation des patrons en difficultés avec des dirigeants retraités. Une démarche qui commence par l’écoute, comme l’explique Patrice Duceau : “on commence toujours par laisser les personnes s’exprimer et vider leur sac. Leur entreprise est avant tout une histoire humaine, souvent familiale.”

Une transmission basée sur l’expérience et la légitimité

En plus de prêter bénévolement une oreille attentive aux dirigeants, ces “papys sauveurs” (comme ils se surnomment eux-mêmes) apportent leur expérience, ce qui leur donne une grande légitimité face à des entrepreneurs désemparés : “nous aussi, nous avons vécu ces angoisses et ces nuits blanches”.

GPA 41 les aide aussi en les guidant sur le fonctionnement parfois compliqué des aides proposées par l’État pour le soutien des entreprises pendant la crise. L’accompagnement se porte également sur le plan juridique et financier avec l’appui de comptables, d’avocats, de notaires…

Pour l’association, l’important est de parler de ses difficultés rapidement : plus elles sont signalées tôt, plus les chances de sauver l’entreprise sont élevées.

Selon Patrice Duceau, connecter différentes générations de dirigeants permet de créer un cercle vertueux “avec des personnes légitimes, qui ont de l’expérience et qui se mettent au service des autres”. Une richesse et un vécu entrepreneurial qui ne sont pas assez valorisés selon lui : “la grande majorité des patrons qui partent aujourd’hui à la retraite sont encore tout à fait capables de travailler et d’aider. C’est une véritable armée de réserve !”.

Forte de ses 6 GPA répartis dans toute la France, la CPME a aidé 1 200 entreprises par l’intermédiaire depuis sa création.

Un réseaux de pairs contre l’isolement

S’il est malheureusement trop tard pour sauver l’entreprise, un dirigeant de TPE ou PME isolé peut avoir du mal à sortir la tête de l’eau et demander de l’aide. Guillaume Mulliez, Président de 60 000 Rebonds le confirme : “ils pensent souvent qu’ils peuvent s’en sortir tout seuls. Tous les entrepreneurs ont deux grandes qualités : la persévérance et le courage. Cela peut néanmoins se retourner contre eux et leur faire prendre des risques inconsidérés”.

Intervenant quand l’entreprise a déjà déposé le bilan, 60 000 Rebonds propose un accompagnement centré sur les entrepreneurs, qui ont parfois perdu leur raison d’être en même temps que leur entreprise : “nous récupérons des personnes qui ne savent pas par où commencer”.

Une main tendue que confirme Gaël Brilliant, entrepreneur ayant rebondi après un échec grâce à l’association : “L’échec est très dur à vivre, avec notamment le poids du regard des autres. On a l’impression d’être contagieux. Personnellement, j’étais dans une telle urgence financière que j’avais le sentiment de me noyer. L’accompagnement de l’association m’a permis de trouver une nouvelle voie plus rapidement qu’en restant seul. Je cherchais à l’époque un travail en tant que salarié mais, grâce à mon parrain et mon coach, je me suis recentré et j’ai compris que je devais plutôt reprendre une entreprise”.

Un accompagnement fondé sur l’écoute et le partage

En plus d’un accompagnement par des coachs et des parrains, l’association organise des groupes de paroles entre dirigeants pour parler de l’échec mais aussi sur des futurs projets. Cette approche de co-développement met de côté tout jugement, ce qui s’avère nécessaire pour des personnes qui ont parfois vécu la décision du Tribunal de Commerce comme un véritable traumatisme. 

Pour 60 000 Rebonds et ses 1 200 bénévoles répartis dans 37 villes, la prise de recul et l’écoute de leurs confrères permettent aux dirigeants de mieux repérer leurs erreurs passées pour éviter leur répétition.

Cet accompagnement favorise aussi fortement la réussite des prochains projets selon l’association, qu’il s’agisse d’un emploi salarié ou bien d’une nouvelle aventure entrepreneuriale.

Néanmoins, encore faut-il que les patrons en difficulté poussent la porte de l’association. Pour Guillaume Muniez, un entrepreneur peut porter toute sa vie sur ses épaules cette souffrance de l’échec s’il n’en parle pas et ne fait pas le point : “plus vite ces entrepreneurs nous contactent, plus vite ils pourront rebondir”.

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