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Publié le 23.11.2021

L’absentéisme en Europe : un défi en commun

Auteur

Michel Weill est rédacteur chez Metis Europe. Son parcours professionnel : chercheur à l’université Pierre Mendes-France de Grenoble puis au CEREQ ; chargé de mission au Secrétariat Régional pour les Affaires Régionales (préfecture de région Rhône-Alpes) ; directeur de l’Agence régionale pour la valorisation sociale (ARAVIS) à Lyon, directeur de l’information et de la communication, puis directeur scientifique et DGA de l’ANACT. Ses fonctions représentatives : mandat CFDT au CESER Rhône-Alpes ; premier vice-président, puis président de la commission Orientation, Éducation, formation, parcours professionnels (2008-2017).

Depuis deux ans, la crise sanitaire a bousculé nos vies professionnelles. La hausse de l’absentéisme au travail accentuée par la pandémie représente un défi commun auxquels les chefs d’entreprise doivent faire face. Mais la situation diffère d’un pays à l’autre au sein de l’Union européenne. Voici la situation dans 10 pays.

Fin 2020 le taux d’absentéisme (hors vacances) avait bondi de 60 % dans l’UE, passant de 4 à 6,4 % par rapport à fin 2019. Trois pays qui avaient un taux inférieur à la moyenne, ont connu une croissance très forte : la Grèce (avec un taux multiplié par 7), l’Italie (par 2,5) et l’Espagne (par 2). À l’opposé, quatre pays ont connu une légère augmentation : la Suède, la Finlande, la Pologne et les Pays-Bas alors qu’ils se situaient avant la pandémie au-dessus de la moyenne.

Le covid rebat les cartes  

En dehors de l’Allemagne et du Royaume-Uni, pour lesquels on ne possède pas les statistiques de fin 2020, le classement s’en trouve modifié.  Cinq pays désormais au-dessus de la moyenne : la Grèce, la France, l’Espagne, la Suède et la Finlande ; et trois en dessous : l’Italie, la Pologne et les Pays-Bas. La France, qui n’était qu’à peine au-dessus de la moyenne européenne, creuse l’écart d’un point supplémentaire.

Il est pour autant trop tôt pour en déduire une tendance longue, tant la situation sanitaire et les mesures d’endiguement de l’épidémie ont différées selon les pays.  On observe toutefois que dans les pays où l’absentéisme a le plus augmenté, c’est le motif de la « mise à pied », (dont la mise en chômage partiel), qui a explosé, validant l’explication par le confinement.

Un absentéisme disparate entre les pays

De 2009 à 2019, les absences au travail ont faiblement augmenté en moyenne dans l’Union Européenne : 0,2 %.

Quant aux écarts, ils étaient considérables en 2009 : les « champions » de l’absentéisme étaient alors la Suède et la Finlande, avec un taux particulièrement élevé (7%, contre 3,8 % en moyenne dans l’UE 27).  Venaient ensuite, par ordre décroissant, les Pays-Bas qui avaient entrepris au tournant des années 2000 leur grande réforme, le Gate Keeper Protocol, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, avec des taux compris entre 4 et 5 % ; légèrement en-dessous de la moyenne on trouvait l’Italie et l’Espagne, et plus nettement la Pologne et surtout la Grèce.

Si dix ans plus tard, quatre pays se rapprochent de la moyenne européenne par des mouvements inverses significatifs, (augmentation en Allemagne et en Pologne, baisse en Finlande et aux Pays-Bas) la tendance à l’homogénéisation n’est pas évidente ailleurs. Trois cas de recul paraissent particulièrement intéressants à observer, ceux de l’Italie, dont le taux d’absentéisme, déjà inférieur à la moyenne, baisse de plus de 40 % en 10 ans, des Pays-Bas, où il était élevé et baisse de 18 %, et de la Finlande, ex-champion, où la baisse est du même ordre.

L’augmentation de l’absentéisme : un phénomène genré

En matière d’absences au travail, le contraste hommes/femmes est particulièrement saisissant. Déjà marqué en 2009, avec pour l’ensemble de l’UE un taux d’absence des femmes supérieur à deux tiers à celui des hommes (4,9 contre 2,9 %), l’écart est presque de 1 à 2 (5,4 contre 2,8) en 2019, juste avant la crise sanitaire. 

Le clivage se retrouve au niveau des causes. Tandis que maladie et handicap dominent chez les hommes, ce sont les « autres motifs » qui tiennent constamment la première place chez les femmes. On peut supposer que maternité, gardes d’enfants et congés parentaux divers expliquent l’essentiel de l’écart entre les sexes dans cette catégorie « fourre-tout ».

Le phénomène est-il homogène en Europe ? Parmi les dix pays (graphique 3), trois connaissent fin 2019 un écart de taux supérieur à celui de l’UE (2,6 points de plus chez les femmes) : la Pologne et la Suède (4,6 points d’écart chacune), et le Royaume-Uni (3,5). À l’opposé, l’écart hommes/femmes est inférieur à 2 points en Grèce, en Espagne et en Italie, tandis qu’il est dans la moyenne en Allemagne et en Finlande.

« Tout se passe comme si l’écart hommes-femmes s’était surtout creusé là où l’absentéisme s’est accru ; c’est particulièrement net en Allemagne, en Pologne et dans une moindre mesure en Espagne et en France. A contrario, en Grèce, en l’Italie et aux Pays-Bas, l’écart hommes-femmes se réduit en même temps que le taux d’absence global. « 

Seule exception, la Finlande où le taux d’absentéisme perd 1,2 point quand l’écart hommes-femmes en gagne un. De ce point de vue, la France fait donc partie des « mauvais élèves » : absentéisme qui augmente et écart homme/femme qui se creuse.

En conclusion : les différences en matière d’absence au travail demeurent fortes entre les différents pays de l’UE. La pandémie est certes venue brouiller les cartes en 2020 et 2021, mais l’intrication des facteurs économiques, sociaux, culturels, législatifs font que les rapprochements ne peuvent être que lents comme le décrivent chacun à leur manière le rapport Bérard et l’ouvrage de Thierry Rousseau « Absentéisme et conditions de travail ».[1]

A l’aune de cette analyse, on peut en déduire que la prévention de l’absentéisme au travail passe par une meilleure prise en compte de la dimension genrée du phénomène mais également par la responsabilisation des entreprise Plusieurs pays ont effectué des réformes profondes et mis en place avec succès des programmes visant à réduire l’absentéisme de longue durée en accompagnant de manière personnalisée les personnes concernées.


[1] « Plus de prévention, d’efficacité, d’équité et de maîtrise des arrêts de travail, neuf constats, vingt propositions », Jean-Luc BÉRARD, Stéphane OUSTRIC, Stéphane SEILLER, rapport à la demande du premier ministre janvier 2019 et  « Absentéisme et conditions de travail : l’énigme de la présence » Thierry ROUSSEAU éditions de l’ANACT novembre 2012.

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