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Publié le 10.11.2021

Entreprise inclusive : l’usine Novandie du groupe Andros montre la voie

En France, seulement 6% des entreprises accueillent des personnes atteintes d’un handicap mental, révèle l’étude Emploi & Handicap réalisée par la Fondation Malakoff Humanis Handicap. L’inclusion représente pourtant un enjeu fort pour les entreprises.

Afin de favoriser l’emploi de travailleurs handicapés, certains groupes sollicitent un accompagnement spécifique. C’est le cas de l’usine Novandie du groupe Andros, à Auneau (Eure-et-Loir), qui, grâce à l’association Vivre et Travailler Autrement, emploie des salariés autistes depuis 2014. Un modèle d’entreprise inclusive à découvrir alors que débute la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées.

Handicap au travail : un projet expérimental

C’est Jean-François Dufresne, chargé de mission à la direction générale de la société Andros et père d’un enfant autiste, qui fut à l’origine de ce projet. L’idée – novatrice – était d’intégrer des salariés autistes au sein d’une des usines du groupe agro-industriel et ainsi de valoriser leurs compétences.

Cette initiative, soutenue par les acteurs du territoire (pouvoirs publics, professionnels de l’autisme, professionnels du travail adapté), partait d’un constat fort : seulement 5% des adultes qui sont atteints de troubles autistiques ont accès à l’emploi.

Un chiffre extrêmement faible imputable notamment à une méconnaissance des employeurs de ce trouble, des spécificités et des potentialités de ces salariés et des aménagements à réaliser pour les intégrer.

C’est à l’usine Novandie, qui fabrique notamment les produits laitiers du groupe Andros, que le dispositif a été mis en place, en partenariat avec l’association Vivre et Travailler Autrement soutenue par la Fondation Malakoff Humanis Handicap.

La première personne accueillie sur le site est arrivée en 2014, accompagnée d’une aide médico-psychologique. Après un stage de 6 mois, elle a été embauchée en CDI. Depuis, une dizaine de salariés atteints d’autisme ont effectué le même parcours et s’occupent notamment de la préparation des recettes ou de l’étiquetage des produits.

Des horaires adaptés aux salariés handicapés

Créer les conditions d’accueil et d’intégration professionnelle était un défi. « Nous n’avions pas d’expérience particulière du handicap et encore moins de l’autisme », se souvient le directeur des opérations, Yannick Bontemps.

Dans ces conditions, le soutien et l’expertise de professionnels du handicap ont été particulièrement précieux. Grâce à leurs recommandations, une période d’essai de 6 mois a été mise en place pour favoriser la découverte de l’usine, des salariés et des tâches à accomplir.

Par ailleurs, les horaires de travail ont été adaptés. La réalisation du travail demande aux salariés autistes une grande concentration, ce qui entraîne une fatigue certaine. Il a donc été décidé d’aménager les postes à mi-temps, à raison de 5 matinées de travail par semaine (du lundi au vendredi), pour un volume horaire hebdomadaire de 17h. L’après-midi, les salariés autistes sont pris en charge par des structures associatives, qui s’occupent d’organiser des activités adaptées.

Des tâches mieux définies et séquencées

Aucun emploi n’a été spécialement créé pour les salariés autistes. La direction de l’usine, en concertation avec des professionnels du handicap, a opté pour une adaptation des postes de travail existants.

Ainsi, des aides visuelles simples (photos, images, marquage / zonage au sol) ont été créées pour séquencer les activités et clarifier le travail à réaliser. Des panneaux d’affichage ont également été installés pour permettre aux employés autistes de se remémorer les tâches à effectuer.

En parallèle, la direction de l’usine a opéré une structuration du travail pour réduire les causes de confusion, apporter un sentiment de sécurité et limiter les manifestations comportementales. Enfin, un emploi du temps visuel fonctionnel a été créé pour permettre aux travailleurs autistes de gérer le temps dédié à chaque tâche.

Le dispositif a été complété par une offre d’hébergement et un accompagnement médico-social des personnes, deux axes du projet gérés par l’association Vivre et Travailler Autrement.

« Nous avons pensé notre projet comme une véritable école de l’autonomie pour les autistes sévères », insiste Jean-François Dufresne, Président de l’association, pour qui la démarche ne peut réussir que grâce à une réflexion et un accompagnement global.

Une initiative « gagnant-gagnant »

Aujourd’hui, alors que les établissements médico-sociaux manquent de place, le dispositif de l’usine d’Auneau a fait ses preuves.

« Cette expérimentation est un grand succès, se réjouit Jean-François Dufresne. Nous avons aujourd’hui 11 salariés autistes à l’usine d’Auneau et tout se passe bien. C’est extrêmement profitable pour eux en termes de progression, d’assurance en eux, et même de bonheur. De son côté, l’entreprise est satisfaite car ce sont des salariés productifs, qui ont des qualités très intéressantes pour le travail en usine. »

« Tout ce qui est mis en place pour les travailleurs autistes profite aux non-autistes. Avec ce projet, nous sommes sur une vraie inclusion qui permet de changer l’image d’un handicap qui fait parfois peur. »

Ce projet humain a prouvé qu’un salarié autiste ne coute pas plus cher qu’un autre salarié, qu’avec quelques aménagements il réalise le même travail que les salariés non handicapés et qu’il peut même, sur certains postes, être plus productif.

Un argument de poids pour convaincre d’autres entreprises de suivre le mouvement et de devenir, à leur tour, des entreprises inclusives.

« Pour que cette intégration soit réussie, les entreprises doivent impérativement être accompagnées », souligne Jean-François Dufresne.  L’association Vivre et Travailler Autrement propose désormais du consulting en intégration de personnes autistes dans l’entreprise. Une manière optimale d’effectuer un transfert d’expérience dans d’autres structures. Un choix d’ores et déjà assumé par une dizaine d’entreprises, à l’image de L’Oréal ou encore Guerlain.

Récap pour une inclusion réussie

  • 12 personnes autistes embauchées en CDI après une période d’essai de 6 mois
  • 0 échec : jusqu’à présent, tous les travailleurs autistes ont fini leur période d’essai et ont été embauchés et maintenus dans leur emploi
  • 0 perte de performance : les salariés autistes ont exactement la même productivité que le reste des ouvriers de l’usine

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