Vector illustration of unhappy tired businessman character holding huge stone on shoulders
Publié le 18.02.2022

Détecter et prévenir la fatigue mentale, mode d’emploi

Après deux années de crise sanitaire, les salariés français débutent l’année 2022 épuisés voire démotivés. La fatigue est même devenue « l’émotion » prégnante d’après le dernier baromètre publié par la Fondation Jean Jaurès, en décembre dernier 1. 6 Français sur 10 se disent « plus fatigués » et près d’1 sur 2 « plus sensible et plus émotif » qu’avant la crise. L’une des causes de cet épuisement psychologique et émotionnel ? L’incertitude ambiante qui fragilise l’équilibre psychique, à laquelle s’ajoutent des liens sociaux entravés par des périodes de télétravail imposées.

Comment repérer les signaux de fatigue mentale des salariés ? Quelles mesures de prévention mettre en place ? Comment limiter les sources de fatigue dans l’entreprise ? Explications et bonnes pratiques.

Les signaux faibles de fatigue mentale à repérer

Qu’ils se manifestent à distance ou non, certains signes de fatigue mentale chez les collaborateurs ne trompent pas. Parmi les éléments annonciateurs, qui doivent alerter managers et professionnels RH :

  • Un manque de concentration provoquant des erreurs inhabituelles ou oublis répétitifs (rendez-vous manqués, réunions mal préparées, non-respect des délais fixés, etc.) ;
  • De nouvelles difficultés d’organisation : incapacité à prioriser les tâches, anxiété face au moindre obstacle ;
  • Des sur-réactions comportementales : pessimisme latent, démotivation flagrante, faculté d’adaptation réduite ou altérée, remises en question récurrentes, irritabilité excessive en réunion, par e-mail ou sur les plateformes de tchat collaboratives ;
  • Un surinvestissement professionnel : hyperconnexion, réactivité exacerbée aux mails, travail tardif régulier, etc. ;
  • Un défaut d’empathie limitant les interactions et l’investissement du collaborateur, causant parfois son isolement ;
  • Des désagréments et douleurs évoquées régulièrement : TMS (troubles musculo–squelettiques), sommeil perturbé, fatigue physique, migraines, etc.

Autres indices synonymes de fatigue mentale : des petites phrases récurrentes parmi lesquelles « je ne vois pas l’intérêt de », « ça ne sert à rien », « à quoi bon ? », « je n’en peux plus de… » ou, plus cyniquement, « oui, je me suis trompé, et alors… ? ».


Le rôle clé des managers dans la prévention de la fatigue mentale

Même si la fatigue psychologique et émotionnelle est le résultat d’un ensemble de paramètres dépassant souvent la sphère professionnelle, il est possible de la prévenir dans l’entreprise. Les managers ont, pour cela, un rôle clé à jouer.

Premier réflexe à adopter : écouter et maintenir le dialogue avec les salariés atteints de fatigue mentale. En cette période d’éloignement choisi ou subi, les réunions d’équipe et points d’étape opérationnels ne suffisent pas. Des échanges informels individuels, centrés autour du collaborateur (et non uniquement de ses tâches) permettent de créer un climat de sécurité psychologique où il peut exprimer ses difficultés et ses ressentis, au sens large.


Objectifs :

  • le valoriser en lui montrant que son bien-être est important pour son management, pour l’équipe et pour l’entreprise en général ;
  • montrer qu’il peut s’exprimer sans être jugé et que sa vulnérabilité actuelle est compréhensible eu égard au contexte ;
  • Renouveler régulièrement la confiance de son management en le rassurant quant à la qualité de sa collaboration, en dehors du trop rare entretien annuel d’évaluation ;
  • Rappeler qu’il a droit à l’erreur et que dire « non » n’est pas proscrit, sous certaines conditions ;
  • Adapter avec lui son plan de charge en pondérant l’importance et l’urgence de ses tâches ; 

Exemples : un mail ne nécessite pas une réponse dans l’heure, une journée de télétravail doit, elle aussi, être rythmée par des horaires fixes et cadrés, quelques jours de congés pris régulièrement tout au long de l’année sont plus réparateurs que plusieurs mois de travail intensif, suivis de deux ou trois semaines de vacances. 

En parallèle, la disponibilité du manager est un facteur clé de succès dans la prévention de la fatigue mentale au travail. Un enjeu que Vincent Gailhaguet, directeur du développement des talents chez ENGIE, a bien en tête puisqu’il a choisi de réserver un créneau fixe, chaque semaine, afin de répondre à l’ensemble des appels de ses collaborateurs : « Mes vendredis, de 11 heures à 15 heures, leur sont dédiés. Les équipes savent que je suis disponible pour elles et n’hésitent pas à me solliciter, quels que soient leurs besoins. Cet échange est à la fois aidant et rassurant pour elles », explique-t-il.

La reconnaissance comme remède anti-lassitude  

Autre levier à privilégier : la reconnaissance à l’égard des idées formulées. Laisser l’espace nécessaire aux salariés pour qu’ils apportent des solutions, les mettre en place et montrer leurs impacts bénéfiques est aussi un moyen de les (re)motiver et d’éviter tout effet de lassitude.

Céline Mechain, VP People chez Platform.sh, société de solution d’hébergement informatique, en est convaincue et n’hésite pas à appliquer cette règle au service RH qu’elle manage : « Chez Platform.sh, quarante nationalités se côtoient. Dernière initiative mise en place par les collaborateurs : le « programme tandem » leur permettant d’apprendre la langue native de l’un de leurs collègues. Cette initiative, qui vient des équipes, crée du lien et valorise les individualités au service du collectif. »

« Ce moteur est sain, car chacun se sent autorisé à proposer des idées nouvelles et fédératrices. »

L’informel pour décompresser et libérer la parole

Créer des moments de convivialité, en présentiel ou à distance, permet, également, de pallier un état de fatigue généralisé. « Chez ENGIE, nous organisons des moments d’échanges informels autour d’une activité commune (le yoga, par exemple), ou simplement en équipe, autour du manager. Ces moments sont l’occasion de préciser que les difficultés inhérentes à la période actuelle sont comprises et compréhensibles, de tendre la main vers ceux qui souffrent le plus et de leur rappeler à qui s’adresser s’ils souhaitent se confier (ligne téléphonique dédiée, référent interne etc.) », précise Vincent Gailhaguet.

Des groupes d’expression entre collègues peuvent aussi être créés. De quoi rassurer les collaborateurs quant à la « normalité » actuelle de cet état de fatigue, et partager quelques bonnes pratiques.

L’importance de la formation pour combattre la fatigue mentale

Dernier axe clé : la formation. Pour les managers, l’enjeu est de les aider à détecter les signes de fatigue mentale chez leurs collaborateurs et à adopter une posture d’accompagnant. Comment maintenir le dialogue avec un salarié fatigué ? Quelles solutions lui proposer ? Qu’est-ce que l’écoute active et comment la mettre en œuvre ? Quels conseils pratiques lui donner pour éviter de se surinvestir ?… Autant de problématiques auxquelles une formation adaptée aux nouveaux environnements de travail et aux attentes actuelles des équipes pourra répondre.

Du côté des salariés, l’objectif est de leur donner les clés pour faire face à cette période d’incertitude. Ils doivent, d’abord, être informés quant au processus interne de prévention : à qui s’adresser, comment en parler, etc.

Des sessions de formations communes peuvent, également, être organisées non sans avoir interrogé les salariés en amont, quant à leurs besoins immédiats. Parmi les thèmes abordables : comment retrouver de la motivation dans un contexte mouvant, comment éviter la surconnexion en remote, comment détecter ses propres signaux de fatigue ou encore, comment savoir dire « non ».  

Enfin, la formation professionnelle classique, parce qu’elle donne des perspectives nouvelles permettant de se projeter vers l’avenir, participe, elle aussi, au maintien de la motivation et de l’équilibre psychique. Une clé dont managers et RH peuvent s’emparer pour contrecarrer la fatigue mentale.

5 bonnes pratiques pour prévenir la fatigue mentale en entreprise :


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